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3 questions à Sonia Lebreuilly, socio-sexologue et éducatrice en santé sexuelle

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Par Eléonore Stévenin-Morguet - septembre 5, 2016


Sonia Lebreuilly est sociologue. Elle s’est spécialisée en santé sexuelle et droits humains. Elle a également été chargée de mission égalité pour la ville des Ulis pendant 5 ans.


AUJOURD’HUI, COMMENT DÉCRIRIEZ-VOUS L’ÉDUCATION À LA SEXUALITÉ RÉALISÉE DANS LES ÉCOLES, COLLÈGES, LYCÉES ?


De bonnes pratiques sont à mettre en avant ! Je pense que nous sommes sur un tournant actuellement, on ose penser l’éducation sexuelle du point de vue de la santé sexuelle, c’est-à-dire axée sur l’estime de soi, le respect de soi, la connaissance de son corps, en abordant des notions essentielles que sont le désir et le plaisir. Le rapport au HCE sur l’éducation à la sexualité, remis en juin dernier, marque bien cette tendance.


Je déplore que l’éducation à la sexualité ne soit pas voire peu effectuée dans les écoles par contre ! La sexualité des enfants est mise de côté. Il s’agit ici d’une sexualité basée sur la découverte de son propre corps, son appropriation et qui se construit dans la relation à l’autre. Osons penser la notion de sexualité dans la continuité : il y a une sexualité d’enfant, une sexualité d’adolescent.e et une sexualité d’adulte, tout en veillant à ne pas projeter les unes sur les autres.


QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES DE NE PAS PARLER SEXUALITÉ AUX JEUNES?


La sexualité ça s’apprend. Observons le monde animal pour nous en rendre compte, ils ont une sexualité aux vus et aux sus de toutes et de tous qui permet aux petits d’apprendre en observant.


Il me semble nécessaire de rappeler que pour eux comme pour nous, la sexualité est basée sur des mécanismes de maturation et d’apprentissages. Nous apprenons en observant notre corps, le corps de l’autre, en échangeant ou recherchant des informations.


Éduquer à la sexualité c’est donc contribuer et favoriser le développement psycho-sexuel des enfants, renforcer l’estime de soi, le respect de son corps et autonomiser les adolescent.e.s, tout en favorisant leur bien-être ! Les jeunes iront chercher l’information ailleurs si on ne leurs propose pas d’éducation sexuelle, au risque de recevoir une mauvaise information.


COMMENT ÉDUQUER À UNE SEXUALITÉ ÉGALITAIRE ?


La sexualité est à mon sens un important vecteur d’égalité. Comment agir ?


La sexualité est le résultat d’un mécanisme d’apprentissage et de maturation qui débute dès le plus jeune âge. Elle n’est donc pas innée. On peut alors s’interroger sur l’apprentissage de notre sexualité. Elle passe par l’identification à des modèles, par la découverte du corps et par l’information (interventions scolaires par exemple). Nous pouvons donc agir pour promouvoir une sexualité égalitaire.


Dès la maternelle, il est important de veiller aux stéréotypes pour ne pas les véhiculer et éduquer les enfants de manière égalitaire. Un travail sur les sensations de plaisir et de bien-être peut également être engagé avec les enfants. Avec des outils adaptés, les enfants sont amenés à développer leurs sensations et à les identifier. Ce dernier point est primordial. Il est à noter une culture différente de l’émotion entre les filles et les garons qui peut engendrer une incompréhension à l’âge adulte dans les couples. Les hommes sont définis comme moins sensibles, trop peu dans l’émotion à l’opposé des femmes. Cela nous interroge sur l’impact de l’éducation que nous portons aux enfants et aux attentes que nous projetons sur les filles, différemment des garçons.

Laissons chacun.e être sensible et montrer ses émotions, explorer ses sensations et énoncer ses envies. L’impact sur la sexualité n’en sera que positif.


En ce qui concernent les adolescent.e.s, nous savons informer sur les risques liés à la sexualité, n’oublions pas d’informer sur le plaisir et le bien-être lié à la sexualité ! Il est nécessaire de parler de la normalité de la masturbation pour découvrir son corps et s’initier au plaisir, et d’aborder le plaisir sexuel féminin et masculin d’un point de vue très pratique.


Pour rendre cela possible, la formation des professionnel.le.s est un axe indispensable.


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